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Photos Yves BARGUILLET 

 

Depuis quelque temps, Globulette et Nautilius envisageaient un voyage, mais un grand voyage, celui dont on ne revient pas car, depuis des mois, plus rien n’allait, leur santé ne cessait de se détériorer. Globulette était devenue aveugle et avait le ventre gonflé, ce qui la déséquilibrait, et Nautilius avait tout un côté de son corps attaqué par un champignon malgré une suite de traitements. Pas vraiment malades mais handicapés, au point qu’il fallait nourrir Globulette à la main et que Nautilius, qui avait été un si brillant derviche tourneur et un incomparable équilibriste, ne se déplaçait plus que par petits bonds successifs, ce qui était tellement humiliant pour un funambule et un acrobate de son espèce. Il y avait par contre son incroyable présence, son regard qui vous transperçait et où passaient une inquiétude, une interrogation et une attractivité étonnante.

 

Dès lors, leur moral tanguait comme eux-mêmes ; les distractions de Nautilius  se réduisaient à observer nos allées et venues,  celles de Globulette à écouter nos voix, ce qui lui faisait trembler les lèvres comme si elle pleurait, et à se blottir longuement l’un contre l’autre. Par chance, ils n’avaient pas perdu l’appétit et l’heure des repas restait un agréable moment, celui où l’on s’occupait tout particulièrement d’eux et où ils goûtaient encore aux humbles saveurs de la vie. N’ont-ils pas été l’un et l’autre des modèles de ténacité et de vaillance ! Certes, ils n’ont jamais failli devant l’adversité mais Yves et moi comprenions que leurs existences n’avaient plus guère d’attrait et devenaient progressivement un véritable chemin de croix. Ils ne parvenaient déjà plus à tenir leur équilibre, roulant sur le côté ou sur le dos. Aussi fallait-il de toute urgence abréger leurs mal-être et leurs souffrances, sortir la caravane de voyage, celle qui nous avait permis de faire avec eux, jadis, le tour de France, en prévision de  cet ultime voyage qui les conduirait au lac profond du repos éternel.

 

C’est une douce vétérinaire qui leur a ouvert ce large espace et ensemble qu’ils l’ont franchi grâce à un coup de baguette magique qui met fin à vos souffrances sans aucune douleur. Quelques gouttes d'huille essentielle de girofle pour les endormir et une seconde dose ensuite pour l'arrêt respiratoire et cardiaque. Aujourd’hui, ils reposent dans une petite boîte garnie de fleurs face à nos fenêtres, dans le jardin d’Yves, sous une bruyère mauve. Je sais que Nautilius, qui avait pris goût à rédiger ses articles, aurait souhaité qu’Yves et moi vous prévenions de leur longue absence. Qu’ajouter de plus, sinon qu’ils n’ont cessé de nous  convaincre, au fil des mois et des années, d’un dialogue ininterrompu, de la qualité du silence, de son pouvoir d’exprimer et de transmettre l’essentiel, qu’ils ont traversé nos 9 années de vie commune avec ses joies et ses peines, sans vanité superflue, sans agressivité aucune, sans bavardages vains, sans une plainte, sans un cri.

 

Ce qui nous a le plus étonné est d’avoir constaté qu’il n’y avait dans leur comportement aucune incohérence, aucune contradiction, aucun désordre. Chacun, selon son tempérament, a fait preuve d’une remarquable logique. Globulette, à laquelle plaisait une certaine discipline de vie, un emploi du temps précis, n’hésitait pas à taper avec sa bouche contre la paroi de verre de l’aquarium pour me rappeler l’heure  des repas ou à passer du temps dans le bulleur pour sa thalasso quotidienne. Nautilius, fantaisiste, rigolo et taquin s’accordait volontiers quelques privautés en piquant le postérieur de Globulette  afin de mettre un terme à sa trop longue sieste. Et tous deux curieux, le nez collé face à nous, observaient le moindre de nos faits et gestes et écoutaient avec une incroyable attention les propos que nous leur tenions et qui, à l’évidence, éveillaient leur intérêt et leur intelligence. A ce merveilleux monde du silence, nos mots ont  suscité leurs interrogations et inspiré leur conduite si bienveillante. 

 

Armelle

 

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NAUTILIUS ET GLOBULETTE  ( 2008 – 2017 )

 

Une histoire ou plutôt une expérience peu commune, cette belle aventure s’est arrêtée ce vendredi 21 juillet 2017. Nos petits compagnons nous ont quittés, endormis sereinement pour reposer en paix dans notre jardin. C’est dans un vide douloureux que nous vivons cette brutale rupture. Oui, quel chemin parcouru avec eux depuis près de 9 années, quasiment journellement, puisque leur aquarium était placé dans notre salle-à-manger où matin, midi et soir nous partagions leur vie. Nous étions loin de deviner, lorsque revenant de l’animalerie, avec nos deux « Voiles de Chine » dans un sac en plastique, frétillant dans un minimum d’eau, que les mois et les ans à venir nous réserveraient tant de surprises ! Il était impensable d’imaginer que dans ce monde du silence, nos deux petits phénomènes s’apprivoiseraient à l’égal d’un chien, voire d’un chat. D’autant plus étonnant que, sans émettre le moindre son, leur présence, leur curiosité, leur comportement ne cesseront de nous émerveiller. Nous allions découvrir des  créatures vives, joyeuses, espiègles, sensibles, affectueuses, drôles, au fur et à mesure que les années passaient.

Armelle et moi étions stupéfaits des liens de connivence qui nous unissaient à eux. L’évolution de la compréhension de nos petits amis démontrait constamment leur éveil et leur réceptivité. Ce qui  nous frappait était avant tout une affectivité, une sensibilité et une logique de comportement ou rien n’était stupide. Sachant se faire comprendre, et malgré leur nature différente, ils s’accordaient parfaitement. Nautilius, joueur, fantaisiste, amusant, aimant le spectacle, cherchait sans cesse à susciter nos bravos et nos rires. Alors que Globulette, obstinée, méthodique, comprenait presque tout ce que nous lui disions, réagissant tantôt fine mouche, tantôt colérique, attentive au ton de la voix mais jamais rancunière, alors que Nautilius, parfois un peu boudeur si nous ne lui parlions pas assez ou si l’un de nous était trop longtemps absent, nous interrogeait sans cesse de ses yeux noirs cerclés d’or, dénotant ainsi une intelligence évidente. Cette cohabitation journalière aura totalement changé notre opinion sur le monde aquatique que l'on dit sans mémoire et que la science reste à explorer de façon plus pointue. 

Yves   

 

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20160429 171244 - YouTube

 

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